Se déplace-t-on de la même manière dans toutes les villes ? Est-ce qu’on prends le bus toujours de la même façon ? Pourquoi ne peut-on pas toujours marcher ? Voici quelques questions que l’on peut se poser quand on réfléchit aux déplacements et aux transports urbains. Après deux mois ici, je me suis rendu compte à quel point l’expérience peut être différente dans une ville indienne et j’ai décidé de vous faire part de mes impressions dans ce message (en trois parties)

La marche N’est-il pas agréable de sortir de chez soi, de voir que le soleil brille et de décider d’aller à pied au travail ou à l’école pour profiter des rayons du soleil ? Si ? Et bien, il faut oublier ce genre de résolutions quand on habite à Chennai. Marcher ici n’est pas vraiment l’activité sympathique qu’on pratique en France et ce pour plusieurs raisons : déjà il fait tellement chaud qu’une marche de 5 minutes vous laisse généralement tout en sueur et assoiffé-e. L’environnement n’est pas non plus propice aux piétons : le bruit, le monde, l’agitation et la chaleur peuvent vous donner rapidement un bon mal de tête. Cela est encore plus difficile à gérer du fait qu’il y a peu ou pas de trottoirs ce qui vous oblige à circuler au milieu des voitures, rickshaws et deux roues. Il faut toujours être aux aguets afin de ne pas se faire heurter ou rouler dessus. Enfin, il faut se rappeler que Chennai est une ville énorme et surtout très étendue. Oubliez les « On peut y aller à pied, sur la carte, ça paraît à côté » car rien n’est jamais à côté ici.

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Dans cette rue,  pas de trottoirs. De temps en temps, on se fait frôler par un rickshaw ou une moto

Bon, j’exagère un peu : certaines rues à l’écart des grands axes sont assez calmes, on y croise surtout des vaches et des chiens errants. Il est toutefois bon de se rappeler que ces axes calmes deviennent un peu angoissants une fois la nuit tombée en raison de l’inexistence de l’éclairage public et des chiens qui, la nuit, peuvent devenir plus agressifs !

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Le vélo : Ceux qui me connaissent, savent que j’adore le vélo. Je me suis toujours déplacée comme ça dans les villes où j’ai habité, et pourtant ici, je n’ai même pas essayé d’en trouver un. C’est assez étonnant : en Europe, ça ne me dérangeait pas de zigzaguer entre les voitures et de griller de temps en temps un feu rouge. Mais ici, je ne me sens pas prête à intégrer ce système routier que je ne comprends toujours pas vraiment. Les gens qui font du vélo ici ont pourtant l’air serein et pédalent à leur rythme comme si le flux des voitures, bus et camions ne pouvait les atteindre. Même une de mes copines françaises qui a vécu ici m’a dit qu’elle avait essayé et que ce n’était pas si difficile…qui sait, dans quelques temps, j’essaierai peut être de tenter l’expérience (avec un bon casque par contre !).

 

P1030105Souvent les cyclistes transportent toutes sortes d'objets sans que cela ne semble les déséquilibrer

Le rickshaw : Prendre le rickshaw, c’est toute une aventure. Dans un premier temps il faut en trouver un disponible, ce qui n’est pas toujours facile. Certain endroits, comme les arrêts de bus, les gares, les marchés et autres centres commerciaux, y sont propices, par contre, trouver un rickshaw dans une rue un peu en retrait à 10 heures du soir vous demandera plus de patience. Le mieux, c’est de trouver un rickshaw en marche (parfois les conducteurs se garent pour manger/faire une sieste/discuter avec leurs amis. Souvent on peut voir qu’ils n’ont pas vraiment envie de repartir et pour vous décourager, ils vous proposent un prix vraiment exagéré pour se venger du dérangement).

 

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Une file de rickshaw près de la gare routière de Thiruvanmiyur

Une fois trouvé, il faut indiquer au chauffeur votre destination ce qui donne souvent lieu à un grand moment d’incompréhension ! Le plus souvent, cela est du à votre mauvaise prononciation mais parfois, cela vient du fait que le chauffeur ne connaît pas l’endroit. Sachez que dans tous les cas, le chauffeur vous indiquera de monter ce que vous pouvez regretter par la suite quand il vous déposera devant un endroit différent de votre souhait initial. Il faut donc vérifier avant de monter et donner un adresse générale : le nom du quartier et le nom d’une grande rue ou d’un monument se trouvant dans les environs.

S’ensuit une étape clé : le marchandage. Personnellement, je suis toujours aussi nulle et je pense que la majorité des chauffeurs m’arnaquent. Heureusement, Loïc m’a appris quelques techniques. La première chose est de toujours refuser le prix que le chauffeur demande et de proposer la moitié. Les conducteurs de Chennai sont de vrais acteurs et sont très doués pour pousser des cris de désespoir quand ils entendent votre offre. Il faut être ferme et ne pas se laisser berner même si le chauffeur invoque tout un tas de raisons pour vous faire payer plus (les embouteillages, l’heure tardive, l’heure matinale, le prix de l’essence, l’heure du chai…) Sachez que le marchandage donne lieu à une vraie routine : le chauffeur donne le prix, on dit non, on propose un autre prix, il refuse et fait semblant de partir, il revient, propose un autre ou le même prix, on fait semblant de partir ou on va demander à un autre chauffeur..etc…Cela peut prendre un bon moment mais il faut être persévérant sans pour être agressif.

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Loïc en train de marchander avec un chauffeur

Pendant le trajet, il vaut mieux rester serein même quand le rickshaw roule à contre sens des autres voitures, même quand il passe entre deux camions où vous pensez qu’il n y a pas la place. Le chauffeur sait ce qu’il fait la plupart du temps et personnellement j’essaie de ne pas intervenir à part quand je pense que c’est vraiment trop dangereux (par exemple quand le chauffeur écoute de la musique avec des écouteurs tout en répondant au téléphone…) Par contre, avant de démarrer, je demande au chauffeur de prendre son temps et d’être prudent. J’essaie aussi de choisir des chauffeurs « mûrs » car je trouve qu’ils sont moins inconscients que les jeunes.

Quand on arrive dans le quartier souhaité, il y a deux possibilités. Soit on a de la chance et le chauffeur connaît vraiment l’adresse. Soit il demande aux autres conducteurs et passants de le guider et dans ce cas la, cela peut prendre du temps ! Quand les chauffeurs peinent à trouver la destination, ils peuvent essayer de revoir à la hausse le prix de la course et dans ce cas là, il faut toujours refuser…

J’ai souvent quelques remords d’avoir marchandé pour 20 roupies (30 centimes d’euros) donc je donne parfois un petit extra une fois arrivée quand j’ai l’impression que le conducteur a été sympa (en me faisant la conversation ou en ignorant son téléphone).

Je dois dire que j’aime bien les trajets en rickshaws car c’est vraiment différent et typique de l’Inde. Après deux mois en Inde, j’ai moins peur des folies de chauffeurs mais je dois avouer qu’il m’est arrivée encore récemment de passer le trajet les yeux fermés pour ne pas voir ce qui se passait autour de moi.

 

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 Un rickshaw a l'ancienne sans  moteur mais avec des pédales