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Avant de venir en Inde, lorsque j’entendais le nom « Bangalore », je pensais inévitablement au terme de « Silicon Valley indienne ». C’est de cette manière que les livres de géographie décrivaient cette ville en raison de son essor économique et l’omniprésence des entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies,  dans la production de logiciels informatiques, la biochimie ou l’aérospatiale. C’est en effet à Bangalore que de grandes multinationales avaient décidé de délocaliser leurs entreprises dès la fin des années 80 afin d’employer à moindre coût une main d’œuvre hautement qualifiée, faisant de la ville un lieu attractif pour tous les jeunes ingénieurs des classes aisées. Aujourd’hui, on trouve à Bangalore les bureaux de toutes les grandes compagnies internationales (General Electric, ST Micro, Intel, Goldman Sachs, AXA…) et indiennes (WIPRO, Infosys, TATA…) ainsi que de nombreux instituts de formation tel que le réputé IIIT (International Institut of Information Technology).

En me rendant à Bangalore il y a deux semaines, je m’attendais à voir partout les signes de cet essor économique mais, une fois perdue au milieu des rues sales de la ville,  je dus rapidement reconnaître qu’il serait bien plus difficile à saisir que je ne l’avais pensé. Pendant les trois jours sur place, je me suis donc amusée à chercher les traces visibles de ce développement et à voir ce qui (ne) faisait (pas) de Bangalore une ville attractive.

Les traces :

  • Signe manifeste du développement, on croise à Bangalore de nombreux trentenaires en costumes, parlant anglais entre eux, fumant leur cigarette (et non pas les traditionnels bidis) sur le trottoir avant de retourner travailler dans un des milliers d’open space que compte la ville. Ces derniers se retrouvent ensuite dans des nombreux bars et cafés huppés et sur climatisés – comme le Cafe Coffee Day de Cubbon Park - pour boire latte, expresso ou bières tout en tapotant sur leur smart phone dernière génération. J’ai aussi pu voir de nombreuses femmes dans le centre ville en jean ou habillée à l’occidentale, ce qui est selon moi un bon marqueur de l’ouverture de la ville ( à Chennai, on voit bien sûr des tenues occidentales mais c’est tout de même plus rare).
  • En comparaison du centre de Chennai, le centre ville de Bangalore donne un peu plus une impression de développement : les trottoirs sont plus nombreux, les rues plus propres et les fils électriques – complètement anarchiques à Chennai - mieux organisés. Dans le centre, on voit quelques bâtiments modernes – genre grattes-ciel – et des magasins de luxe, regroupés parfois dans des grands centres commerciaux comme celui de la Vittal Malyar Road. Quelques rues du centres sont plutôt agréables comme la Commercial Street qui rappelle un peu nos rues piétonnes européennes (sauf qu’on peut se faire écraser à tout moment !) et qui regroupe une grand nombre de magasins de marques indiennes et internationales. Church Street, bordée de restaurants, est aussi sympathique car elle est animée mais permet toutefois, grâce aux trottoirs, de se promener tranquillement. En revanche, l’énorme boulevard Mahatma Gandhi est moins attirant car très bruyant et surtout congestionné à tout moment de la journée par les rickshaws, motos et voitures. Même si je n’ai pas eu l’occasion de les visiter, j’ai cru comprendre que Bangalore regorgeait d’endroits cool et modernes pour boire et manger en compagnie de la jeunesse dorée de la ville (mais encore faut –il les trouver et ça ce n’est pas toujours facile !).

P1050575Mahatma Gandhi, un des axes principal de Bangalore

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Commercial Street sous la pluie et de nuit

P1050581Un des centres commerciaux du centre avec aux premières loges, Louis Vuitton

Les plus (et les moins)

  • Cela pourrait sembler être un détail, mais pour moi, un des choses qui m’a le plus marqué à Bangalore, c’est que les rickshaws ont un compteur et qu’ils sont prêts à l’utiliser dans environ 80% des cas. Quand on veut un rickshaw, on annonce sa destination, on demande au chauffeur de mettre en route le compteur et voilà ! Fini les interminables négociations ! Mine de rien, c’est reposant et ça fait réaliser à quel point on se fait arnaquer dans les autres villes.

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Le compteur qui indique le prix au kilomètre et qui change la vie

  • Autre point fort de la ville, ses parcs, Cubbon Park et Lal Bagh Botanical garden. Alors certes, ces deux parcs ne correspondent pas vraiment à l’image qu’on se fait d’habitude des parcs urbains. Plus ouverts sur la ville, ils sont moins soignés (surtout Cubbon Park) et sont trop bétonnés pour être vraiment agréables. Cubbon Park est d’ailleurs traversé de part en part par des routes qui gâchent la tranquilité des piétons… Pour autant, j’ai vraiment apprécié ces balades à l'écart de l’agitation de la ville et cela m’a vraiment fait regretter que Chennai n’ait pas un tel endroit.

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Cubbon Park traversé à gauche par une route

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Le jardin botanique Lal Bagh, agréable pour se promener (presque) au calme

  •  Malgré l’essor de la ville, nul besoin de s’éloigner trop des rues centrales pour voir au coin de chaque rue la pauvreté que cette ville développée n’a pas su diminuer. Les bidonvilles existent comme partout ailleurs tout comme les décharges à ciel ouvert et les égouts débordants. Si certaines infrastructures semblent un peu mieux qu’à Chennai, il ne faut pas se leurrer, la ville investit plus pour développer les espaces péri urbains destinés à accueillir les multinationales que pour les quartiers pauvres de la ville. Si Bangalore peut se targuer d’être en plein essor économique, l’impression que l’on garde de la ville est pourtant bien celle d’une ville sous developpée.

P1050574On voit, comme à Chennai, des déchets dans toutes les rues

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un quartier plus populaire

Comme Chennai, Bangalore est une ville contrastée qui semble gérer avec difficulté son développement économique. En soi, je ne me suis pas sentie très dépaysée à Bangalore et je n’ai pas pensé que vivre là-bas était plus facile que vivre à Chennai. Pour autant, après m’être renseignée,  j’ai eu l’impression que Bangalore était sur le point de changer grâce à des initiatives individuelles comme celle des Ugly Indians, ces anonymes (probablement issus des classes moyennes et aisés) qui ont lancé une guerre contre la saleté de la ville et qui organisent des missions nettoyage dans les rues de Bangalore. Même si ces actions peuvent sembler mineures, je pense qu'elles donnent espoir quant à l'avenir de la ville.

Pour en savoir plus sur Bangalore et son développement contrasté :