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A l’instar de la vue, l’odorat a de quoi faire à Chennai, mais autant le dire tout de suite, parfois on ne sent rien! A force d'entendre que les villes indiennes sont sales, on y arrive en s'attendant au pire et du coup on peut être - agréablement - surpris par l'absence occasionelle d'odeurs.

Lorsque ces dernières sont présentes, on peut se trouver confronté à des sensations radicalement opposées : entre l’envie de se boucher le nez en passant dans une rue de Georges Town ou celle d'inspirer encore plus le fumet d’un délicieux biryani. Décrire tout ce paysage olfactif n’est pas chose facile, surtout quand on a pas le talent de Süskind ! Je m’y risque malgré tout en espérant que ces descriptions vous permettront de comprendre ce que nos nez vivent à Chennai.

Dans mon message concernant la vue, j’avais évoqué l’omniprésence de déchets dans les rues, dans les terrains vagues ou sur le bord des cours d’eau qui traversent la ville. Logiquement, ces déchets dégagent une odeur assez désagréable, dont la force varie selon les endroits et la chaleur. A l’émanation ponctuelle des détritus se mélange l’odeur dégagée par les trop nombreux pots d’échappement, une odeur qui pique le nez et qui fait parfois mal à la tête. L’eau de Chennai ne présage elle non plus rien de bon : souvent stagnante dans les égouts ouverts ou encombrée de déchets dans les cours d’eau, elle libère une odeur forte que je n’avais jamais sentie avant l’Inde mais que j’ai retrouvée en Thaïlande et au Sri Lanka, peut être l’odeur de l’eau usée, polluée et surchauffée.

DSC05728L'eau verdâtre et les déchets nous indique qu'il vaut mieux retenir sa respiration...

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De façon ponctuelle, on peut aussi sentir la forte odeur de poissons vendus par les femmes de pêcheurs (Rappelons que Chennai est au bord de la mer et que la pêche y tient une place importante), la poussière, la pluie sur l'asphalte ou la fumée issue de la combustion de déchets.

DSC05758Un marché de poissons à Kottivakkam - les femmes saupoudrent le poisson de sel pour repousser les nombreuses mouches

Lorsqu'on traverse certains endroits, il semble que ces différentes odeurs se battent pour prendre le dessus sur les autres et on assiste impuissant à ce combat avec pour seule protection un foulard devant le nez. Ces odeurs – peu agréables, il faut le dire - s’avèrent parfois insupportables quand elles gagnent en puissance et je dois avouer qu’il m’est déjà arrivée d’être soulagée de sentir enfin le gaz des pots d’échappement alors que je traversais une rue particulièrement malodorante.

Au bout de quelques semaines, j’ai remarqué que mon corps se protégeait lui-même de ces attaques : quand mes yeux signalent à mon nez la proximité d’un tas d’ordures ou d’un pont enjambant une rivière, mon nez se bloque sans que je décide cela de façon consciente. Parfois bien sûr je me fais surprendre et j’inspire à plein poumon l’air pestilentiel d’une benne à ordures oubliée…tant pis, les odeurs ne peuvent pas faire de mal !

Pour contrebalancer ces mauvaises odeurs, il y a heureusement dans l’air beaucoup d’autres fumets qui parviennent à flatter nos narines. Ma préférée reste celle des fleurs que les femmes portent en guirlande dans leurs cheveux et qui sont vendues un peu partout (au bord des rues, à l’entrée des temples...). Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces fleurs fraîches réussissent –pendant quelques instants - à prendre le dessus sur les autres odeurs de la ville et j'aime inspirer un bon coup à chaque fois que j’en aperçois!

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 Des guirlandes vendues pour 10 roupies au marché de Mylapore

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Devant le temple, les vendeurs de guirlandes comme celles-ci sont nombreux

Autre odeur agréable celle venant de la nourriture : des parottas faite sur le bord d’un trottoir, des mangues mûres vendues au marché, du chai dans un gobelet, d’un masala mijotant au restaurant du coin…tant d’odeurs qui mettent l’eau à la bouche et qui donnent envie de s’attabler…Les plats indiens – aussi pimentés qu’ils puissent être- dégagent un doux fumet dans lequel s’identifie l’odeur des oignons, de la coriandre, du curcuma, du cumin et de bien d’autres épices et herbes. Ces dernières ont aussi l’avantage de parfumer toutes les petites épiceries où elles sont vendues : en y entrant, tout ce mélange parvient à nos narines et nous invite à nous diriger vers leur rayon (c’est un peu le même effet que dans les grandes surfaces où est vaporisé un parfum de pain fraîchement sorti du four pour encourager les clients à se diriger au rayon boulangerie)

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Ces herbes dont je ne connais pas le nom dégagent un délicieux fumet

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Sur le bord de la route, cette femme fait frire des oignons et des légumes

Quant aux indiens et indiennes, il me semble qu'ils dégagent rarement d'autre odeur que celle du savon; différemment de l’Europe, l’Inde ne semble pas être une très grande utilisatrice de parfums et d’eau de Cologne!

Voilà donc mon expérience de l'odorat à Chennai! En écrivant cet article, j'ai découvert l'existence d'un livre de Pier Paolo Pasolini intitulé L'odeur de l'Inde, sûrement intéressant pour mieux comprendre le paysage olfactif du pays!